vendredi 28 novembre 2025

Un "plan caché de la Nature" ?

 


Au-delà même du « monde des machines » où celles-ci se prennent peut-être à rêver d’existence autonome, règne ce  « monde virtuel », ce monde dématérialisé qui est devenu bien davantage qu’un simple « outil », mais plutôt un nouvel « environnement », un prolongement numérique du monde physique en train de devenir – pour certains – l’univers principal. Internet. Une représentation topologique d’internet le donnerait à voir comme une sorte de graphe collectif expressif de millions de requêtes individuelles, reliées, nouées, essaimées en nuages d'écritures dérivant sans autre consistance objective que celle des infrastructures techniques (réseau topographiquement représentable) le rendant opérationnel. 

En réalité ce « nuage » poursuit une course parfaitement orientée selon les ordres reçus de l’infrastructure économique, de la société marchande globalisée qui a surinvesti le réseau. La dématérialisation et même la virtualisation sont devenus des facteurs d’accroissement exponentiel – proprement illimité et en grande partie dissimulé car les ()placements demeurent inaccessibles à tout contrôle étatique – des revenus du grand Capital transformé de facto en mafia. Essentiellement liée aux spéculations sur les « produits dérivés », la masse financière mondiale devient de plus en plus virtuelle, incontrôlable et potentiellement criminogène. Sur la table du poker mondial, des sommes valant plusieurs fois le PIB mondial circulent librement, hors de toute taxation et de tout contrôle d'Etat. C'est bien normal, puisque ce sont ces mêmes financiers qui tiennent les Etats par la bride... de la Dette.

Les nouvelles technologies ne vont pas, bien évidemment, sans enjeux ni conséquences écologiques : savons-nous bien ce que « font » internet et la dématérialisation en général sur la « nature », l’environnement et la santé de la planète ? Chance de préservation ou destruction accélérée ? Le développement d'internet et la dématérialisation participeraient-ils d'un « plan caché de la Nature » – comme aurait dit Kant – afin de  préserver l'environnement et sauver l'espèce humaine d'un désastre écologique ? On peut douter de la pertinence d’une telle formulation. Même à interpréter ce phénomène – la dématérialisation – comme une adaptation macroscopique imposée par la nature et par un simple mécanisme de défense (version darwinienne tout aussi douteuse : « l'évolution, Morphéeus, l'évolution! »), ce que nous constatons relève surtout d'une mutation à marche forcée de la culture et de l’économie. Beaucoup n'y voient qu'une continuation voire une aggravation de nos maux et une soumission toujours plus grande à l'idéologie de la croissance ; ils prédisent un emballement de la société de consommation et finalement une accélération de la chute... D’autres, à l’inverse, tiennent que les progrès technologiques au service d'une communication dématérialisée d'autant plus généralisée vont favoriser la décroissance et limiter l'exploitation destructrice de la planète... Geeks et écolos, ordinateurs et vélos, même combats ? Qui vivra verra...

dm